La féminisation de la société : La Masculine

La féminisation de la société vue au travers d’un livre de science-fiction, La Masculine. Un livre et un sujet particulièrement sensible, car d’actualité, en ces temps de féminisation de tout et de n’importe quoi. Mais jusqu’où cela pourrait-il encore aller dans un monde où les couillus n’existent plus ?…

la féminisation de la société

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle (ou un grand écart, c’est selon par quel bout on décide d’attraper la chose) avec le livre de Marc Galan, Aube,

Dans la série Aube, nous avons des guerriers et tout un peuple en pleine construction. Que dis-je des peuples ! car il s’agit des indo-européens. Nous avons beaucoup d’hommes et aussi des femmes, mais il est vrai que les guerriers sont à l’honneur. C’est un monde souvent caricaturé comme étant un monde d’hommes.

Dans La Masculine, nous voilà réellement plongé dans un monde fait uniquement de femmes. Les hommes n’existent plus ! Et pourtant, les conflits sont toujours bien présents, les horreurs et les vilenies de même…

Je dis ça, je dis rien. Comme dirait l’autre…

Présentation de l’auteur :

la féminisation de la société

Laurence Kiehl, alias Laurence Qui-Elle, est Docteure-es-Lettres et professeure à l’École Moser à Genève depuis 2010.

Son roman, La Masculine, a remporté le prix Science-Fiction de la Journée du Manuscrit Francophone (JDMF) en 2018. (nous dit-on sur Babelio)

“(…) la littérature expérimentale me plaît. Dans ma vie d’étudiante de lettres et puis d’enseignante, j’ai beaucoup admiré  les Oulipiens tels que Raymond Queneau, Jacques Roubaud, Georges Perec, Marcel Bénabou. Ils m’ont incitée à découvrir la littérature par l’exploration de ses potentialités langagières. Ils m’ont fait comprendre l’intérêt de la mise en œuvre de contraintes pour faire rayonner la créativité. J’ai fait alors le pari de raconter une histoire de femmes exclusivement au féminin, de produire une nouveauté, à savoir une entente tacite entre le fond et la forme d’une histoire, où la langue et le style importent autant que l’imaginaire. J’ai tenté de faire jouer la langue autrement, de la retravailler et d’ouvrir un espace double de fiction.” (extrait de l’interview donnée sur Les actualités gourmandes)

Résumé du livre

« Elle était une fois la rédactrice La K et sa manipulatrice préférée Glike, une intellectuelle trentenaire et une manuelle quinqua des Femmes à la plume. Dans leur ville parisienne où la Notre-Dame a été recyclée en usine champignonnière alors que la Tour-F-Elle penche désespérément vers l’Avenue de la Grande-Désarmée, les femmes ont survécu à une maladie ravageuse et mortelle. Toutes vivent sans leur couillue ! Les grammairiennes intensifient leur déloyauté langagière autour de la Langfem et une révolution couve… »

Extraits

Elle s’énervait, tonitruante, comme si ma patronne nous avait tiré une balle dans les chevilles.

-La barbe, ta patronne ! Elle est conne-ectée* ! Conne-ectée, je te répète ! Comprends-tu ?

*Raccordée à la connerie

***

Les grammairiennes prétextaient que la neutralité était usée jusqu’à la corde, qu’elle était dénuée d’utilité. Ça-e à la place de ça ? Pauvre petite pronominalisation blâmée ! Je me devais d’organiser sa défense. Elle avait vécu, certes, la minuscule syllabe. Mais elle confinait à la beauté de l’oralité. Sa prononciation, pourtant modeste, avait une efficacité insensée. Elle restait une pure détente pour la voix. Je voyais sa cédille comme une main pour permettre la préhension vivace, rapide de l’intonation. Car elle gardait en elle une charge sémantique, une musique inoubliable, la continuité sonore de la race, sa voyelle et sa consonne se souvenant de la langue bisexuée, puis de la naissance de notre langue unisexuelle.

1) Approche subjective de cette féminisation de la société au travers de La Masculine

C’est Laurence Kiehl qui est venu me proposer de lire son livre et de lui faire un service de presse, via le site simplement.pro. J’avoue avoir hésité un temps avant d’accepter. La féminisation de la société est vraiment quelque chose qui a vite tendance à me fatiguer. La preuve en est lorsque je parle de moi. Je ne me qualifie pas d’auteur avec un e à la fin, ni d’écrivain avec également un e à la fin. C’est dire !

Et puis, après réflexion, je me suis décidée à me plonger dans ce gouffre de la féminisation à outrance, que me semblait être ce livre. A moi de m’en sortir par le haut ! Un sacré défi.

J’ai donc accepté ce SP et je remercie sincèrement Laurence Kiehl pour sa confiance (qui plus est, j’ai reçu un livre broché à mon domicile ! et pas un livre numérique, d’ailleurs elle n’en proposait pas).

Un livre expérimental : Ouvroir de Littérature Potentielle (OuLiPo)

La Masculine est donc un ouvrage écrit avec cette idée de départ de l’oulipo. Ecrire avec une contrainte que l’auteur a choisi de s’imposer : féminiser une société, une langue, une grammaire, un langage.

Au cœur de ce livre il y a des passages savoureux, ce que j’ai pris pour des clins d’œil à nombre de nos préoccupations actuelles avec par exemple, remettre la culture dans les villes. Et quand je parle de culture, il s’agit ici de légumes, de plantes, de fruits ! Mais pas que !

De grands monuments ou de grandes artères parisiennes prennent soudain une toute autre dimension. Encore une fois, des clins d’œil, des jeux de mots sont ici légion et ça, c’est savoureux.

Quand le grand “ça” et sa cédille met tout sens dessus-dessous

A chacun son interprétation, et je vais vous donner ici la mienne. Oui, parce que dans la féminisation de la société, la grammaire joue un rôle important. D’où ici, comme qui dirait au niveau de l’héroïne du livre : un pétage de câble avec une syllabe, avec “ça”.

Pour moi, cette cédille et son “ça” représentatif, est ni plus ni moins cette présence du masculin. Plus précisément encore, du sexe masculin. Une présence toujours visible dans l’orthographe et qu’il faut absolument faire disparaître du regard de ses dames ! Parce que bah oui, le dernier couillu de la planète vient de mourir… Seules les femelles humaines restent ! Et ça, nom de Zeus, c’est juste pas possible !

Une approche à la fois neutre et très engagée, de la féminisation de la société

Mon inquiétude de départ c’est finalement révélée non fondée. Laurence Kiehl a gardé une certaine neutralité, pour ne pas dire une certaine lucidité quant aux effets d’une telle situation.

Pour finir, libre à chacun de se faire sa propre sauce suite à cette lecture. La fin est suffisamment ouverte pour que tous s’y retrouvent. Les fenêtres ne sont pas verrouillées, toutes les supputations des lecteurs, en fonction de l’idéal de vie de chacun, sont possibles.

2) Approche objective de la féminisation de la société au travers de ce livre

Un temps d’adaptation nécessaire

Le début de ma lecture s’est avérée un peu ralenti, le temps pour moi de m’adapter à la présentation du livre. Des notes sont présentes au bas de nombreuses pages, ce qui casse à chaque fois la fluidité de la lecture. Mais si l’on souhaite vraiment suivre le fil de cette histoire, il vaut mieux prendre connaissances de ces fameuses notes ! Certaines sont assez croustillantes et animent d’autant plus le récit. C’est donc la compréhension qui se trouve ici en jeu, plus que la fluidité de lecture et ce, malgré le fait qu’il s’agisse d’un roman.

Et puis, un temps d’adaptation pour ce qui est du fait même, du principe même du livre ! la féminisation de tout, ou quasiment. Donc oui, il faut un certain temps pour s’y habituer ou, tout du moins, pour cesser de se sentir paumé.

Un roman qui se lit rapidement

Une fois le pli pris, la lecture se fait rapidement car on veut savoir où toute cette folie va nous mener. On suit les personnages, l’ambiance générale, l’intrigue, car intrigue il y a bien. A tel point que j’ai lu ce livre au cours d’une petite après-midi.

La féminisation de la société : A chacun de se faire ses propres conclusions

Un joyeux mélange de recherches dites scientifiques, de cogitations ou d’élucubration (selon les personnes) et d’évolution humaine et sociétale se télescopent pour nous offrir toute une palette de couleurs et de possibilités qu’il nous reste à réinventer.

Laurence Kiehl nous a ici, sous forme de jeu littéraire qu’est l’oulipo, jeté à la face une sacrée patate chaude… L’attrape qui veut ! et en tire ses propres conclusions !

Merci pour cet intermède littéraire version oulipo, Laurence Qui-Elle.

Pour lire ce roman, cet idéal humain d’une société faite uniquement de femmes, cette histoire vue par Laurence Kiehl alias ici Laurence Qui-Elle, pour l’avoir dans ma bibliothèque, je clique ici : La Masculine

Odile

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