Textes intemporels, ce rêve fou d’immortalité

Textes intemporels, ce rêve fou d’immortalité que nombre d’écrivains portent plus ou moins en eux lorsqu’ils écrivent au plus près du vivant, en allant droit aux questions essentielles qui permettraient d’accéder à cette éternité qu’ils convoitent tant, consciemment ou inconsciemment. 

textes intemporels

(crédit photo StarGlade)

Plusieurs types d’auteurs, d’écrivains de textes intemporels, ou pas !

Lorsque l’on écrit, on a plusieurs choix, plusieurs possibilités. On peut écrire des livres pratiques qui permettent d’apprendre des choses aux lecteurs. On peut écrire des essais qui vont dans le même sens que le livre pratique avec cependant des nuances profondes. On peut écrire des romans ou des nouvelles, ou encore des témoignages.

Lorsque l’on écrit on a aussi plusieurs casquettes possibles. Ainsi un auteur écrira par exemple des livres pratiques, des essais ou des témoignages, des chroniques, pendant qu’un écrivain écrira des romans. La nuance est là, l’un part dans le réel et le concret, l’autre dans l’imaginaire. 

Les textes intemporels

Mais de ces textes, de ces livres, quels sont ceux qui vont résister à l’épreuve du temps ? Quels sont ceux qui, des décennies après leur parution, vont encore résonner dans l’oreille et le cœur de leurs lecteurs ? C’est là que les textes intemporels pointent le bout de leur nez. C’est là, par exemple, qu’une Jane Austen est toujours d’actualité plus de deux siècles après sa mort. C’est là aussi qu’un Tartuffe ou un Don Juan laissent leurs empreintes.

C’est également là qu’une autre distinction peut se faire entre les auteurs qui écrivent des textes que j’appelle “dans l’air du temps” et qui sont des œuvres du moment. Et ceux qui écrivent des textes “de tout temps” qui passent alors au statut de chef-d’œuvres. Des écrivains et des auteurs qui écrivent des textes intemporels, des chef-d’œuvres donc, laissent leur trace et deviennent à leur façon des immortels dans le domaine de la littérature.

“Un chef-d’œuvre, par sa beauté, dépasse son créateur et transcende le temps.”

Les textes intemporels n’ont jamais fini de dire ce qu’ils ont à dire parce qu’ils se prêtent à des lectures plurielles, ils sont malléables et peuvent se plier aux interprétations de toutes les époques ! C’est ce qui fait qu’ils sont toujours d’actualité.

Ok, d’accord, et en langage clair, concrètement, ça veut dire quoi ? comment passent-ils à la postérité ?

Ça veut dire que les écrits, les textes font vibrer les lecteurs ! Ça veut dire que les sensations et les sentiments humains sont bien présents ! Ça veut dire que la vie, la mort, l’amour, la haine, la guerre, la peur, la jalousie, le désespoir, le pouvoir, etc. sont des thèmes majeurs ! Ça veut dire que si la langue a changé depuis la période première d’écriture, alors il y a une “traduction” à faire pour l’époque actuelle ! (comme pour une langue étrangère)

Ça veut dire que les codes d’une époque ne truffent pas l’ouvrage parce qu’ils deviendront désuets pour ne pas dire incompréhensibles par la suite (exemple type avec l’expression de l’amour courtois médiéval et le langage libertin du siècle dit des lumières – Sade, Laclos et compagnie).

La sensibilité humaine est intemporelle, et il en est de même pour les livres qui vont toucher au cœur même de cette sensibilité.

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(crédit photo Bru-nO)

Les textes dans l’air du temps

Les thèmes, des catégories et des sujets littéraires très dans l’air du temps en ce XXIe siècle

  • Homosexualité avec en particulier les romances M/M (Mâle/Mâle – romances inspirées de l’univers des yaoi des mangas – voir plus bas -, ici un genre littéraire écrit par et pour des femmes hétéros)
  • Bisexualité
  • Romance érotique
  • New adult (18 à 30 ans)
  • Dark romance
  • Thriller
  • Horreur (massacres, vampires, zombies et compagnie)
  • Dystopie (monde imaginaire sans possibilité de bien-être ni de bonheur)
  • Feel-good book (traduire par roman qui fait du bien, qui se termine bien – proche du développement personnel)
  • Chick-lit ou chick literature (roman sentimental écrit par une femme et pour un public féminin)
  • SF (en incluant l’anticipation)
  • Fantasy (inclus les sous genres dont la romantic fantasy)
  • Littérature jeunesse, littérature enfantine
  • Liste non exhaustive…

Des thèmes, des catégories de plus en plus affinées et symptomatiques d’une époque

Toutes ces catégories représentent bien l’expression du malaise d’une société et de ses humains qui se cherchent parce que nous y trouvons tous les extrêmes. Parce que oui, encore et toujours, lire, avoir besoin de lire (sobrement, avec gourmandise, ou de façon boulimique) c’est pour une raison, consciente ou inconsciente, peu importe, mais c’est pour une raison qui nous est propre à chacun. 

C’est comme pour ceux qui ne peuvent vivre sans avoir un bruit de fond permanent autour d’eux (radio, télé, musique) – pour la version boulimique. C’est pour combler et/ou chercher quelque chose. C’est un pansement sur une blessure, voir sur une putréfaction que l’on ne veut plus voir. C’est une façon de faire l’autruche si cela devient compulsif, boulimique, comme je le disais précédemment. On se colle la tête dans les livres pour ne plus rien voir d’autre.

Après, c’est toujours constructeur lorsque c’est par périodes (boulimique ou pas) et si ça permet de mieux se connaître pour avancer (quel genre littéraire je ressens le besoin de lire, pourquoi, qu’est-ce que ça m’apporte, en quoi ai-je besoin de ça, quel genre littéraire je refuse de lire, pourquoi, qu’est-ce que ça veut dire, etc.).

Actuellement les catégories littéraires font le pendant des nombreuses catégories de mangas

A ma connaissance, il n’y a jamais eu autant de classifications pour un public différent à chaque fois. Ce que certains nomment aussi des niches, dès qu’il est question de marketing. L’exemple type étant celui des mangas :

  • Kodomo : pour un jeune public (moins de 10 ans), filles et garçons.
  • Shōnen : pour les garçons de 8 à 18 ans.
  • Shōjo : pour les filles de 8 à 18 ans.
  • Seinen : pour les garçons et les hommes de 16 ans et plus.
  • Josei : pour les filles et les femmes de 16 ans et plus.
  • Seijin : pour les adultes, 18 ans et plus, hommes et femmes.
  • Gekiga : manga dramatique des années 1960-70.
  • Hentai : manga pornographique. 
  • Mahō shōjo : sous-genre de la fantasy, histoires avec des jeunes filles pratiquant la magie.
  • Mecha : sous-genre de la SF, histoires de combats de robots géants.
  • Nekketsu : terme souvent confondu avec shōnen, ce genre a été l’effigie scénaristique des mangas en Occident jusqu’au début des années 2010.
  • Yaoi : histoires sur les relations sentimentales et/ou sexuelles entre hommes.
  • Yuri : histoires sur les relations sentimentales et/ou sexuelles entre femmes.

Mais si je poursuis mes recherches, je pourrais en dire autant au niveau de la filmographie, des téléfilms et autres séries. Tout est plus ou moins fondu dans le même moule.

De la nécessité des textes dans l’air du temps pour répondre aux problématiques du moment

textes intemporels

(crédit photo Bru-nO)

Les problématiques typiques de l’époque

Romance MM, romance érotique, dark romance, thriller, dystopie, horreur, feel-good book, chick lit, etc., toutes ces catégories, tous ces livres, qu’ils soient “légers” ou “noir c’est noir il n’y a plus d’espoir”, qu’ils soient constructeurs, vous font dresser les cheveux sur la tête ou vous mettent six pieds sous terre, tous sont hyper tendance. Ils touchent de près les questionnements, les sujets de maintenant. Ils sont symptomatiques de notre époque et de ce que nous véhiculons comme croyances, comme idéologies.

Alors petite précision d’importance, parce qu’il est de bon goût pour certains de les dénigrer, ces livres dans l’air du temps :

Dans ce monde, ce qui existe, existe parce qu’il a une utilité. Sinon, cette chose disparaît. 

Donc inutile de dénigrer leur rôle dans la littérature, ni de sous estimer les auteurs de ces livres puisqu’ils ont leur utilité. Une utilité qui peut sembler éphémère, certes, mais une utilité réelle. Laquelle ? Celle de répondre à un besoin à un instant T. 

Les problématiques des auteurs

Après, au niveau des auteurs, des écrivains, la question à se poser c’est, pourquoi j’écris ? Dans quel but ? Pour assouvir mes fantasmes ? Pour faire prendre conscience des choses de la vie à mes lecteurs ? Parce que je ne peux pas faire autrement ? Pour témoigner de mes peurs et mes angoisses ? Pour donner le grand frisson ? Pour faire vibrer mes lecteurs ? Pour créer un monde à mon image ? Pour mettre en place le monde de demain ?

Pour figer dans le marbre toutes les atrocités possibles et imaginables ? Pour faire de l’argent avec les niches qui ont du succès ? Pour me faire avancer personnellement ? Pour vider mes abcès ? Pour faire ma psychothérapie ? Pour passer le temps ? Pour être connu et reconnu ? Parce que je ne sais rien faire d’autre ? Parce que je n’ose pas vivre réellement ? Parce que je veux influencer mes congénères ? Pour faire prendre conscience des horreurs de ce monde ? Pour faire prendre conscience de la beauté de ce monde ? J’en passe et des meilleurs…

Et donc pour finir, comment je vais présenter les choses à mes lecteurs !?

Le besoin de textes dans l’air du temps, est un intemporel de chaque époque. 

Des livres qui nous tombent des mains

Les livres édités qui ne passent pas l’épreuve du temps sont ceux qui étaient au moment de leur écriture dans l’air du temps et qui ne traitaient pas de sujets essentiels. Ils se préoccupaient plus des sujets à la mode, des idées de la société à cette période-là. Ils concernaient les idéologies du moment, les croyances et non les sujets intemporels.

Les parutions dans l’air du temps nous tombent donc souvent des mains quelques décennies plus tard car ils ne sont plus du tout d’actualité, trop connotés qu’ils étaient de leur époque. J’ai un exemple précis qui me vient tout de suite à l’esprit, un souvenir cuisant tellement je m’étais retrouvée déçu après ma relecture d’un ouvrage que j’avais pourtant adoré des années auparavant. Cet ouvrage c’est un livre de SF, Le monde du fleuve, de Philip José Farmer. Un livre paru en 1971 (il y a plusieurs tomes et le premier tome m’était juste tombé des mains suite à cette relecture, dans les années 2000, soit 20 ans après la première lecture). Il abordait des problématiques typiques des années 1970, avec un regard de cette époque-là, problématiques et regards en complets décalages avec les années 2000 et la femme que j’étais devenue, celle avec la maturité en plus…

Il faut de tout pour faire un monde

Alors oui, pour être claire, nombre d’auteurs souhaitent profondément apporter leur pierre à l’édifice de la construction humaine. Et tous le font d’une certaine manière et avec une portée différente. Ils le font, soit là, tout de suite maintenant, et après, basta. Ou bien ils le font sur le long, sur le très très long terme… et là, la forme, le contenu, l’approche sont autres et font des textes intemporels.

Et, c’est là aussi que nombre de personnes, de lecteurs, portent des jugements de valeur entre ces deux approches de l’oeuvre et du chef-d’oeuvre, du livre dans l’air du temps et du livre intemporel alors que finalement, l’important, c’est aussi de faire avancer les hommes, le monde des humains.

Après, la question suivante c’est : Vers quoi voulons-nous le faire avancer, ce monde des humains ? (la suite, dans un prochain article de Les points sur les i et les barres sur les T 😉 )

Odile

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